Certains l’appellent la perle de l’Amérique centrale, d’autres n’en parlent qu’avec les mots danger, insécurité, agressions, attaques… On avait été plutôt enclins à écouter les seconds et à se laisser gagner par la peur. On avait presque décidé de ne faire que rouler pour traverser le pays en deux ou trois jours. Et puis… on est passé par d’autres pays ayant le même genre de réputation sans se sentir trop menacés, on a croisé beaucoup de voyageurs qui nous ont recommandé d’y passer plus de temps, donc on a assuré nos bivouacs et on s’est lancé.
Et bien nous en a pris, car le Guatemala nous a beaucoup plu. Il est vrai que le site archéologique de Tikal est de toute manière exceptionnel et qu’on a eu la chance d’être à Antigua pour la semaine sainte. Mais au-delà de ça, des endroits comme le lac Atitlán ou le lac de Petén Itza sont naturellement beaux et propices à la détente, on y aurait bien passé un peu plus de temps. Et puis, au niveau de la sécurité, on a certainement eu la chance de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

Ça y est, on avait apprécié le site de Copán au Honduras, célèbre pour les détails de ses stèles, mais à Tikal, on retrouve l’émerveillement qu’on avait eu pour les temples d’Angkor au Cambodge.
Une cité enfouie dans la jungle, les temples réguliers en pierre claire contrastant avec le fouillis vert de la végétation, les sommets des pyramides émergeant au dessus des arbres dans la brume de l’aube ou au coucher du soleil, autant d’images inoubliables.
Mes moments préférés sont la découverte de la place centrale avec ses immenses pyramides à 17h, seuls, juste dérangés par le bruit assourdissant des oiseaux et des insectes qui se déchaînent avant le coucher du soleil. Puis zigzaguer entre les temples de la zone mundo perdido où les pyramides sont plus petites, plus rapprochées, plus conformes à l’idée que je me faisais des temples mayas ; un endroit moins grandiose et à mon sens plus humain.


Une remarque tout de même, qui vaut autant pour les incas que pour les mayas, qu’est-ce qui leur est passé par la tête de faire des marches aussi hautes ? Les gars, ils devaient faire 1m60 mais ils ont fait des marches de 40 ou 50cm de haut !

En Amérique latine, quelque soit le pays, il est impossible de passer à côté de la semaine sainte, synonyme de cérémonies religieuses pour les uns, de grosses fêtes pour les autres, et surtout de vacances pour tout le monde. Deux choix s’offrent donc aux voyageurs : fuir à tout prix le monde, chose plutôt difficile avec un grand risque d’échec ; ou, au contraire, se ruer avec la masse de touristes et de guatémaltèques à Antigua, the place to be au Guatemala pour la semaine sainte. C’est ce que nous avons fait.

Toute la semaine, des processions, des défilés, et des mises en scènes reproduisent les derniers  jours de la vie du Christ. Quentin, ayant fait son catéchisme, donc un peu moins néophyte que moi sur le sujet, a adoré voir la reconstitution des faits : Jésus en prison gardé par des romains ou Judas pendu sur le parvis d’une église ou des chars romains défiler en ville. De mon côté, j’ai été surprise de la solennité qui se dégage des processions : les gens, la fumée de l’encens, la musique, le rythme lent, on se met sans s’en rendre compte à marcher au pas, à se laisser intimider par l’instant et à trouver majestueux ce char de la vierge soutenu seulement par des femmes. Et puis il y a les fameux tapis : des décors au sol réalisés en sciure de bois colorée ou avec des herbes, des fleurs et des légumes. Un art éphémère voué à être piétiné par la procession, ou emporté par la pluie quand par malchance une averse digne de chez nous transforme les rues en rivière pour 1/2h.

Tout cela dans une jolie ville coloniale, où les bâtiments de plus d’un étage sont inexistants, une ville à taille humaine où malgré la foule on ne se sent pas noyé.

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