Le Chili… On n’y a pas passé beaucoup de temps finalement, 13 jours contre 50 en Argentine. C’est un immense pays tout en longueur assez différent, à ce qu’on a pu voir, entre le sud et le nord. Le souvenir qu’on en gardera est des paysages magnifiques, de lacs et forêts sur la carretera austral, de déserts et geysers dans l’Atacama.

Alors comme d’habitude, des petites choses en vrac :
– Dans le sud, il est assez amusant de croiser des cavaliers avec poncho et béret. Oui, béret, comme quoi, ce n’est pas que l’apanage du français.
– Dans le sud plus qu’au nord, on a vu beaucoup de drapeaux chiliens : aux maisons, sur les voitures.
– Un peu partout, à côté de travaux, d’immenses panneaux : « Ici, le Chili travaille pour vous », ou quelque chose dans ce goût là. Et c’est vrai que de manière générale, les routes et les pistes étaient de meilleure qualité au Chili qu’en Argentine.
– Au Chili, les piétons sont prioritaires. Comme chez nous, comme partout, mais ici les automobilistes le respectent vraiment, à tel point que par moment s’en est surprenant. Par contre les piétons aussi le respectent, et ça c’est plus dangereux quand on ne s’attend pas à ce qu’ils traversent…
– Au supermarché : le dulce de leche s’appelle manjar et ils vendent la confiture en sachet, il suffit de s’adapter. Ils ont de très bonnes cacahuètes à un peu tout : herbes, origan, paprika, poivre, merken… Et puis ils ont des petits gâteaux très bons, des sablés tout bêtes de la marque dos en uno, mais on les a tellement aimés qu’on en a acheté 10 paquets avant de quitter le pays !

On ralentit le rythme, après s’être attardé dans le nord ouest argentin, nous sommes restés 5 nuits dans la région de San Pedro de Atacama. Pourquoi ? Parce que l’endroit est magnifique.
C’est un désert, certes, mais rien à voir avec ce qu’on imagine : des salars blancs qui éblouissent, des montagnes et des lagunes de toutes les couleurs, un volcan majestueux (le Licancabur), des vallées de sel, des oasis de verdure, des geysers, des sources d’eau chaude, et nos fidèles guanacos. On se demandait déjà comment ils survivaient en Patagonie, avec le vent, sans eau et quasiment rien à brouter, mais alors ici, toujours du vent, l’eau est salée, il y a encore moins de choses à brouter et en plus le froid à 4000m d’altitude… C’est un mystère.

Et puis après la plus grande piscine du monde, les chiliens possèdent aussi la plus grande mine de cuivre, quelque chose comme 30% de la production mondiale. Nous sommes donc allés la visiter, ne serait-ce que pour que Quentin puisse voir de près les gros camions. Mais c’est vrai qu’ils sont impressionnants : rien que la roue fait 4m de haut…


Un petit commentaire pour ceux qui me connaissent et qui savent que je suis frileuse : notre bivouac aux geysers del Tatio, 4200m, a été gelé, mais si je n’ai pas bien dormi, ce n’est ni à cause de l’altitude, ni à cause du froid, mais parce que j’ai eu trop chaud! Je crois que l’écharpe, le bonnet, le rovil, le collant et les chaussettes en alpagua, en plus des deux duvets, y sont pour quelque chose… Alors pas d’inquiétude, je survis!

Prochain rendez-vous, en Bolivie, une fois que nous aurons fait la traversée du Sud Lipez : 5000m d’altitude, de la piste, des montagnes et des lagunes, et quelques 4×4 de temps en temps. Nous nous sommes préparés : les placards sont pleins de nourriture, une pelle pour les moments difficiles et 50L de gasoil supplémentaire dans des bidons.

Sur la route vers Valparaíso, il y a la plus grande piscine du monde (sur google maps), 1km de long au bord de l’océan Pacifique. Qu’est-ce qu’il leur a pris ? Il se trouve que l’océan est glacé par le courant de Humbolt, et qu’en plus à cet endroit la baignade est interdite, alors ils se sont dit on n’a qu’à faire une grande piscine avec vue sur l’océan… Nous n’avons pas pu la tester, au grand damne de Quentin, puisqu’elle est entièrement réservée aux habitants des résidences autour, et puis il faisait quand même assez frais.

Le lendemain, nous voici à Valparaíso. On a bien aimé la ville : prendre les ascenseurs, se balader sur les collines, admirer la vue, repérer les plus beaux tags sur les murs, visiter la maison de Pablo Neruda… Le parcours touristique et culturel en fait, mais agréable car il n’y avait pas trop de monde. Et puis contrairement à Buenos Aires, ici les couleurs et les peintures paraissent normales, à leur place, elles sont disséminées dans la ville, et pas concentrées sur une rue avec bars et boutiques de souvenirs.
Peut-être que pour vraiment sentir l’ambiance bohème de cette ville, il aurait fallu ne pas y être un dimanche, les parcs étaient animés mais la plupart des enseignes fermées. Et puis, on n’y est resté qu’une journée, alors qu’elle mérite certainement qu’on s’y attarde plus longtemps, mais on a préféré continuer notre route et aller bivouaquer plus loin sur la côte, dans un endroit plus isolé.

Dans notre remontée folle du continent, nous commençons par zigzaguer entre l’Argentine et le Chili, empruntant quelques routes mythiques comme la ruta cuarenta argentine et la carretera austral chilienne.
Pour notre premier crochet au Chili, nous avons abordé la carretera avec un peu d’appréhension, vu les précédents événements à la Cueva de las manos, et le fait que pas mal de monde conseille de la faire en 4×4… Nous avions donc décidé que nous ne roulerions plus sur de la piste par temps de pluie. Nous sommes revenus très vite sur cette décision, météo oblige. En fait, on comprend bien le sens de « barrière naturelle » quand on traverse les Andes : d’un côté la steppe argentine, de l’autre la forêt humide chilienne, même les nuages ne passent pas…
Finalement, la route accrochant bien même sous une pluie fine ou après une nuit d’averses, on s’est détendu et on a profité du paysage (quand il était visible à travers les nuages). Les panoramas de montagnes, forêts, lacs, prairies vallonnées et rivières, ça nous change de la steppe ! Le village de Caleta Tortel tout en passerelles au bord de l’eau, les villages de petites maisons en bois avec les poêles qui fument, les rochers érodés par le lac ou chapelles de marbre de Puerto Río Tranquilo, la balade vers les peintures rupestres à Villa Cerro Castillo, la rando au glacier suspendu du Ventisquero colgante, la traversée de la forêt humide du parc de Queulat.


Une belle étape qui se termine sans autre ennui qu’un pneu crevé. Mais ça c’est normal, c’est la piste, c’est l’aventure.

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