L’arrivée en Bolivie dépayse quelque peu, contrairement à l’Argentine ou au Chili, beaucoup de personnes sont en habits traditionnel. Enfin, les femmes surtout : elles portent des petites chaussures, des collants ou chaussettes montantes en laine, une jupe bouffante généralement en velours ou de couleur un peu flashy, un tablier avec des poches, deux tresses terminées par des pompons et reliées par un lacet, un chapeau, le tout complété par une couverture colorée qui sert à transporter enfant ou marchandises. Mais en Bolivie aussi nous sommes au XXème siècle, du coup de petits anachronismes amusants viennent s’insérer parfois : une veste Adidas, un bob Nike, un téléphone portable.

Autre surprise, il faut tout payer : même le droit de prendre des photos est en plus du prix d’entrée. 2€ c’est pas inabordable, mais quand l’entrée avec visite guidée est à 4€, ça fait quand même cher l’hypothétique photo souvenir… Idem pour prendre quelqu’un en photo, il ne dira pas forcément non, mais réclamera un pourboire.

Et puis nous avons trouvé ici l’apothéose de l’organisation des villes sud-américaines : vous cherchez quelque chose ? Facile, les boutiques se trouvent toutes dans la même rue, le problème c’est qu’elles vendent aussi toutes exactement la même chose et il est difficile, long, voire épuisant moralement de trouver celle qui se démarquera un tout petit peu. Allez donc chercher un filtre à huile pour un vieux camion Mercedes dans un pays qui n’a que des véhicules japonais… il nous a fallu trois semaines.

Enfin, ce n’est pas une des destinations sud-américaines les plus courues, mais la Bolivie nous a surpris par ses paysages magnifiques : le Sud Lipez en premier lieu, mais aussi le salar, les paysages tropicaux dès qu’on descend de l’altiplano, le lac Titicaca… Et puis il y a tout ce qu’on a pas vu sur notre itinéraire : contrairement aux idées reçues la Bolivie a aussi un pied en Amazonie et présente les mêmes faune et flore que celles qu’on a aperçues au Brésil. Il faudra donc y retourner pour connaître l’ensemble du pays…

Tout commence par une décision stratégique pour se rendre à Copacabana : fait-on une boucle de 200km en repassant par La Paz, ou passe-t-on deux frontières dans la journée ? Jusqu’ici les frontières ne nous avait pas posé problème, nous avons donc choisi la seconde solution, ce qui nous a permis de rencontrer des personnes à part…
Les premiers sont les policiers de la frontière péruvienne qui nous ont sorti qu’il était interdit de circuler avec des vitres teintées et ont voulu nous verbaliser. Devant l’impossibilité de nous montrer cette règle dans le code de la route, ils ont invoqué le besoin de sous pour remplacer les vitres de leur bureau ?! Mais oui, bien sur, au revoir monsieur. Il a ensuite fallu payer un péage, assez fou pour une frontière ou personne ne passe, les voitures boliviennes n’ayant pas le droit d’aller au Pérou et inversement.
Le second est le très sympathique officier des douanes boliviennes, que nous avons attendu 1h parce qu’il jouait au foot puis qui parce que sa collègue n’avait pas enregistré notre sortie, ne voulait pas nous laisser entrer. Nous avons donc du attendre 2h de plus que ce monsieur ne fasse rien, ni téléphoner, ni nous faire une autorisation par écrit. A 20h, heure de fermeture de la douane, il nous propose une super solution : garder les papiers du van pendant la fin de notre séjour en Bolivie… comme si on n’avait pas vu que les deux argentins qui lui avait fait confiance la veille se sont retrouvé à lui payer un gros pot de vin ! Nous avons donc passé la nuit entre les deux frontières, ce qui a eu l’air de l’amuser le lendemain matin quand, alors que la situation n’avait pas changé, il nous a fait les papiers en 5min.

Il pensait nous contrarier en nous retenant la nuit à la frontière et en nous obligeant à passer une journée de plus à Copacabana. En fait, il nous a permis de prendre le temps de profiter du lieu. On a beaucoup aimé cette petite ville sur la côte, son marché de taille raisonnable, ses truites délicieuses, sa jolie cathédrale avec ses baptêmes de voitures, l’hôtel où on était garé aux jardins paradisiaques et vue imprenable sur le lac, les sites archéologiques de l’isla del sol.

Le lac Titicaca, pour nous avant d’être un lac en Amérique latine, ou le plus haut lac navigable du monde, ou le berceau de la civilisation inca, c’était juste le lac avec un nom rigolo. Maintenant ce sera l’immense lac à 4000m sur lequel on a fait un tour en voilier, enfin voilier est un bien grand mot, plutôt barcasse à voile, où il faut ramer pour changer de bord. Est-ce que c’est le manque d’air dans la voile à cette altitude, ou la couche d’algue sur la coque ? On se cherche des excuses, mais une fois le coup de main pris, on s’est régalé.

Visite de La Paz et de sa région en quelques anecdotes.

Première constatation : il y a des poubelles ! Oui, comme ça, ça à l’air évident, mais quand ça fait 3 semaines qu’on désespère d’en trouver dans les villes et villages qu’on traverse, ça fait plaisir de savoir qu’ici on saura où les mettre. Bon, il n’y a pas que des poubelles non plus, on a visité de jolis petits musées, fait des emplettes dans les boutiques à touristes, traversé le marché de la sorcellerie avec ses fœtus de lama séchés, pris un verre avec des voyageurs français, mangé des sushis dans un restau chic. Ben oui, c’est pas très bolivien, mais ça nous manquait un peu, il y en a tellement à Paris.

Le bon plan de La Paz : un plan à la Matteo, notre colocataire italien de Barcelone qui trouvait toujours un vernissage quelconque pour boire un verre ou manger à un buffet gratuitement. Mais là, par hasard, les élèves ont surpassés le maître : pensant participer aux portes ouvertes du musée du folklore et assister à un spectacle de danse, nous nous sommes retrouvés à l’inauguration d’une exposition photo avec la ministre de la culture bolivienne et les ambassadeurs de la Colombie, Equateur, Pérou, Argentine et Chili ! Pourquoi tant de beau monde pour quelques photos : parce que ces pays cherchent à classer les chemins de l’Inca qui les traversent au patrimoine mondial de l’humanité. Et qui dit réunion d’ambassadeurs, dit ? Non pas des Ferrero rochers, mais : un buffet. Nous en avions l’eau à la bouche quand on a vu les serveurs en livrée arriver avec ce qui ressemblait à des plats chauds, mais c’est là qu’ont commencé les surprises. Au lieu du champagne pour trinquer : du pisco sour. Au lieu de lever leurs verres pour porter un toast : ils en ont versé un peu par terre. Au lieu du vin : un alcool hyper sucré à base de blé. Au lieu des petites cassolettes chaudes à manger en une bouchée : des pommes de terre, des œufs durs, de la friture, des fèves, de la viande et des bananes grillées, le tout étalé directement sur les nappes et à manger avec les doigts. Ce n’est pas ça qui nous a arrêté, et ça nous a beaucoup plu. Une constatation cependant : quelque soit le pays, quand on parle de buffet les gens se transforment en morfales et si on veut s’approcher il faut jouer des coudes.

L’excursion à la route de la mort, autrefois route reliant La Paz aux villes des vallées et maintenant terrain de jeu des touristes à vélo. Quelques détails techniques : nous avons fait 63km de descente en 4h, avec un dénivelé de 3500m (de 4700m à 1200m), 20km sur du goudron, puis 43km sur une piste caillouteuse, avec une falaise à droite et un précipice à gauche. Une belle route que nous sommes contents d’avoir fait à vélo plutôt qu’avec le van.
L’agence de tourisme nous a offert à chacun un T-shirt « j’ai fait la route de la mort et je suis toujours vivant », mais l’exploit n’est peut être pas d’avoir survécu à la descente en vélo, mais plutôt à la remontée en mini-bus par la nouvelle route dans le brouillard et la circulation bolivienne !

Exercice pratique du voyageur : quitter La Paz sans GPS et avec une manifestation sur l’avenida Mendez.
Sachant que la sortie de La Paz serait compliquée, nous avions prévu le coup et repéré sur internet, qu’une fois sortis des plans du centre-ville que nous avions à notre disposition il fallait prendre l’avenue principale et tourner à droite avant l’aéroport. Pas trop compliqué, surtout si on trouve quelques panneaux sur notre route. Et bien non, l’avenue repérée est bouchée par une manifestation, et puis c’était bien à droite avant l’aéroport mais après c’était à droite, à gauche et re à gauche, le tout sans aucun panneau pour nous aider… nous avons donc remplacé les panneaux par l’intuition, confirmé notre direction par les policiers et passants et avons trouvé la bonne sortie sans aucun demi-tour ! Examen réussi avec félicitations du jury, mais on sera quand même plus sereins quand on aura retrouvé un GPS.

Nous déclarons la perte de notre principal outil de voyageur : notre iPhone. Pas d’attaque à main armée ou autre incident qui pourrait alimenter les pages alarmantes du site du ministère des affaires étrangères, non, juste des pickpockets comme on en trouve partout. C’est la première fois qu’on se fait voler quelque chose, parmi tous nos voyages, il fallait bien que ça finisse par arriver pour se rendre compte, que non, on ne sent vraiment rien et que surveiller étroitement le sac à dos ne suffit pas.
Résultat :
Plus de téléphone : de toute manière, on n’en avait pas une utilité folle.
Plus de GPS : on revient donc aux bonnes et vieilles méthodes, cartes 1:4000000 et en ville on demande notre chemin. Bon c’est plus compliqué pour placer exactement nos bivouacs ou suivre les indications des autres voyageurs, mais on va s’en sortir.
Plus de détecteur de zone WiFi : en même temps depuis qu’on a quitté l’Argentine et le Chili, les zones de WiFi gratuit ne courent pas les rues, et puis il nous reste encore l’ordinateur. C’est moins discret dans la rue et ça ne rentre pas dans la poche, ce qui n’est peut-être pas si mal.
Plus de dictionnaire espagnol et anglais, on fera avec nos acquis.
Plus de taux de conversion ni de calculatrice, on utilisera un peu plus de papier.
Plus de lampe de poche : enfin, si il reste toujours la mienne avec la moulinette, même si elle ne fonctionne pas aussi bien.
Plus de rasoir : ah, non ça c’était la blague, il ne le faisait pas !

Dans l’histoire, on perd aussi un peu liquide et une carte bancaire, mais ce n’est rien, juste quelques démarches. Et puis si vous comptez bien, entre une cassée et une volée, il nous reste encore une carte bleue internationale en attendant l’arrivée des renforts.

Le voyage continue !

Toutes les villes boliviennes ne sont pas comme Potosí, et tant mieux. Nous avons redécouvert à Sucre le plaisir de nous balader dans les rues, d’admirer les jolis bâtiments, de visiter les musées, de flâner sur les places, d’arpenter le marché central à la recherche des articles de notre liste de courses.
Par contre, pour arriver à Sucre, nous avons fait face à une situation typiquement bolivienne : un bloqueo. Un blocage de la route par des chauffeurs routiers qui refusent de payer je ne sais plus quelle taxe. Du coup, on ne passe plus, et comme il n’y a pas 10000 routes là-bas, on ne passe vraiment plus. Sauf si on décide de prendre des chemins alternatifs : voilà comment nous nous sommes retrouvé à faire de la voie ferrée… Pas de danger, ça fait longtemps que plus aucun train n’est passé par là, mais on fait mieux comme route carrossable !
Et puis, fait amusant : nous avons recroisé les Tresca, une famille rencontrée en Argentine qui nous ont proposé de les suivre jusqu’à un camping racheté récemment par une famille belge, les Angaleo, voyageurs au long cours dont nous avions déjà entendu parler. Et puis, pour confirmer que le monde est vraiment petit, nous y avons rencontré Clément et Mathilde, célèbres vendeurs de crêpes, dont on nous avait aussi conté les aventures !

La ville de Cochabamba quand à elle ne nous laissera pas le souvenir espéré : nous comptions arpenter le grand marché à la recherche de souvenirs, puis visiter le musée archéologique. Finalement pas de souvenirs et on a raté la visite guidée du musée qui est donc resté assez obscur. A la place, grâce à un petit groupe de pickpockets bien entraînés, nous avons testé les démarches à distance d’opposition de carte bleue et carte SIM, visité des commissariats de police et assisté à un défilé de suspects derrière un miroir sans teint (pas pour nous, on aurait bien voulu, mais c’est pas aussi rapide).

Petit instant culturel : les boliviens y tiennent, malgré ce que peuvent raconter les cartes et les livres, la capitale de leur pays est Sucre et non La Paz, même si le gouvernement y est, c’est écrit dans la constitution !

PS : On a bivouaqué dans une vallée encaissée à moins de 2000m, sans air. La nuit fut chaude, ça a fait du bien de remonter à 3500 ! Il va pourtant falloir qu’on se réadapte aux basses altitudes et à la chaleur, d’ici quinze jours on va quitter définitivement l’altiplano.

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