Journal de bord

Ça y est, le voyage est définitivement terminé, nous sommes arrivés à Montpellier après être allés chercher iVan à Anvers. Nous avons pris notre temps, une petite semaine pour faire 1500km, de quoi rendre visite à la famille et aux amis, et répondre à leurs nombreuses questions. En voici un petit florilège.

La première, toujours plus ou moins la même : Qu’avez-vous préféré ? Où est-ce que vous retourneriez ? Votre top 10 ?
Il est très difficile de répondre à cette question. Généralement, on fait une réponse large : les grands espaces, la nature, les animaux… On cite l’Argentine pour ses paysages, ses habitants sympathiques, une expérience unique avec les baleines. Mais il y a aussi les paysages incroyables de la Bolivie ou de l’ouest des Etats-Unis, la faune unique du Costa Rica, le parc exceptionnel de Yellowstone, les sites archéologiques grandioses incas et mayas. On finit toujours par oublier de citer quelque chose.

Vous avez rencontré beaucoup de gens ?
Oui et non. Le fait de rechercher des lieux soit isolés soit touristiques, et d’avoir un rythme assez soutenu, ne favorise pas vraiment les rencontres avec les habitants. Par contre, nous avons croisé beaucoup de voyageurs en camping-car. Des allemands, des suisses, énormément de français, et beaucoup de familles. Et qui dit voyageurs, dit même envie d’aventure, même mode de vie, mêmes préoccupations donc des gens avec qui il est facile de rentrer en contact et d’échanger conseils et bon plan. Voilà comment en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire vous pouvez vous retrouver à aborder des sujets comme les meilleurs itinéraires, les plus beaux bivouacs, les ennuis mécaniques, l’art de l’utilisation des WC chimiques, ou le secret des gants en plastique à la station de vidange. Édifiant.

Est-ce que vous avez eu des problèmes pour vous faire comprendre ?
Nous parlions déjà espagnol et anglais avant de partir, et nous avions appris des rudiments en portugais pour s’en sortir au Brésil. Finalement, la première fois qu’on n’a plus compris ce qu’il y avait d’écrit autour de nous c’était en Belgique pour réceptionner iVan. Hé oui, à Anvers on parle flamand !
Pas de difficulté majeure donc, mais quelque fois des erreurs d’interprétation. Par exemple en Amérique du sud, une personne qui fait un battement de main, ne vous dit pas de vous approcher, mais vous dit non, ou vous demande de vous arrêter.
Et puis ce n’est pas parce qu’un pays parle espagnol qu’il utilise les même mots que son voisin… nous avons donc appris que la confiture de lait peut s’appeler dulce de leche, mais aussi manjar, arequipa, cajeta.

Est-ce que vous avez eu des problèmes avec les autorités ? Est-ce que vous avez dû donner des pots de vin ?
Pas de gros problème à déclarer : la preuve nous avons réussi à faire notre voyage dans les limites de temps imparties. En ce qui concerne les pots de vin : aucun, jamais, c’est une question de principe. Et aussi de patience. Il faut savoir qu’un voyageur en camping-car, s’il est patient, finira toujours par venir à bout d’un agent corrompu puisque celui-ci n’a pas sa cuisine et sa chambre à disposition.

Est-ce que vous avez eu froid ?
L’isolation n’est pas trop mauvaise, et en empilant les duvets nous avons pu passer des nuits froides sans problème. On a finalement beaucoup plus souffert de la chaleur : malgré l’investissement dans un ventilateur, les nuits au-dessus de 30°C restent difficiles.

Comment vous rechargiez vos ordinateur, téléphone, appareil photos ?
Au diesel ! Non, ce n’est pas une blague, en roulant on recharge notre deuxième batterie sur laquelle on branche un convertisseur, et hop ça fait du 220.

C’est bien rangé chez vous dites donc !
Ah, oui, mais ça c’est obligatoire. Pas le choix, dans un camping-car, il faut tout ranger, et pas juste un peu, non, tout, tout, absolument tout. On l’a appris à nos dépens. Par exemple ne pas laisser un rouleau de PQ ou de sopalin, sinon en plus de tomber ça se déroule dans tout le van. Autre exemple : ne pas laisser de l’eau dans la bassine, même un fond, même coincée dans l’évier, parce qu’au premier dos d’âne, splouch ! L’eau sale de la vaisselle qu’on n’a pas voulu vider au milieu d’un parking se retrouve partout. Un régal.
Les fenêtres sont fermées quand on fait de la piste, sinon toute la poussière rentre, on accroche la table pour qu’elle arrête de faire des sauts périlleux à chaque dos d’âne, on met les petits crochets de sécurité des placards pour qu’ils ne s’ouvrent pas dans les virages un peu serrés, on ferme le gaz au cas où…

Et puis les chiffres : Combien de pays traversés ? Combien de jours ? Combien de kilomètres ?
18 pays en 438 jours et 71 152 km ! Légèrement plus que les 43 000 prévus…
Le principal problème ce sont les détours, et plus les pays sont grands, plus les détours le sont. Quand un argentin vous dit que ce n’est pas loin, c’est en moyenne à 200km. Quand vous décidez de rajouter Yellowstone dans votre circuit aux USA, ça chamboule un peu la moyenne. Mais aussi, détail auquel on ne pense pas, quand vous faites entre 15 et 20 km pour trouver à manger ou un bon bivouac, multiplié par le nombre de jours, ça commence à faire beaucoup…

Vous avez pris beaucoup de photos ? Et des vidéos ?
Alors, aucune vidéo, parce que pour que se soit regardable il faut ensuite monter un film et c’est beaucoup de temps, et des compétences que nous n’avons pas vraiment. Par contre, niveau photos, nous n’avons pas été avares. Après 9 378 déclenchements, nous n’avons gardé que 3 705, et publié 457 sur le blog. Mais promis, si on fait des diaporamas, on se limitera à une centaine.

Vous avez respecté votre budget ?
Globalement, oui. Nous avons dépensé environ 37 000€, au lieu de 35 000€ prévus, mais sans avoir revendu iVan. Pari réussi, donc. Et en guise de préparation à la reprise du travail, voici un petit tableau récapitulatif de nos dépenses.

Avions et traversées en bateau 5 300 €
iVan 5 500 €
Essence 6 100 €
Mécanique 3 300 €
Nuits et repas 7 200 €
Visites, loisirs et souvenirs 4 600 €
Transports en commun, péages, ferry, stationnement… 1 500 €
Frais bancaires, d’immigration, assurances, téléphone, équipement… 2 200 €
Assurance et frais de santé 1 000 €



Et enfin, la dernière : Qu’allez-vous faire maintenant ? Vous n’allez pas vous ennuyer ?
Pour l’instant, le programme de la rentrée est assez chargé. Revoir toute la famille, tous les amis, trouver un appartement, effectuer toutes les démarches administratives… Et puis les vacances sont terminées et on va se remettre au travail, il paraît que ça occupe pas mal les journées.

Voilà, le 142ème et dernier article est posté. Merci à tous ceux qui ont suivi le blog de près ou de loin. Et un grand merci à ceux qui ont pris le temps de nous laisser des commentaires.

Après 18h de train (c’est pas le TGV ici) nous voici à Québec, attablés dans une boulangerie avec vue sur notre auberge, il est 6h du matin… Il nous faut attendre 8h qu’elle ouvre, pour pouvoir déposer nos bagages… La joie des transports en commun et des hôtels !

Mais nous ne restons pas beaucoup à pied, à Québec nous retrouvons Philippe, en vacances au Canada avec sa voiture de location. Après avoir rattrapé le temps passé autour de quelques bières et dans les charmantes ruelles de la ville, nous nous échappons, direction les chutes de Montmorency, les lacs de la Mauricie ou le festival western de Saint Tite. En fait de western, en semaine, la principale attraction est la vente de camping-car et camions en tout genre. Impressionnant de démesure !

Sur-ce, direction Montréal où Baudouin nous accueille dans sa maison. Nous avons retrouvé quelques habitudes toutes simples : se réveiller dans un vrai lit, prendre une douche (ou même un bain !), se diriger dans le métro, faire du shopping dans les centres commerciaux (pardon, magasiner), flâner dans les parcs, mettre nos courses dans un frigo, utiliser une grande cuisine… ça va, on sait toujours faire. Et puis comme Montréal est une grande ville, on y a de la famille, mais aussi des amis, rencontrés au Guatemala. On ne résiste donc pas à une après-midi « souvenirs de voyageurs ». Pas encore rentrés et déjà nostalgiques?


Enfin ça y est, c’est l’heure du retour. Jeudi 20 septembre, 21h15, notre avion va décoller…

Après le Québec, les provinces maritimes : la fin de la route étant le port d’Halifax en Nouvelle Ecosse.

Nous traversons donc le Nouveau Brunswick. Faits notables :
– L’eau de la baie des chaleurs est réputée exceptionnellement chaude. On n’a pas osé tester à cause du petit vent froid, même si c’est le plus bel et le plus chaud été en 17ans dans la région…
– La poissonnerie du port de Shediac vend des homards déjà cuits pour 5$. Menu du soir : un homard chacun !
– Dans les supermarchés le saumon est moins cher que le poulet. Menu du lendemain : saumon !
– La côte fut une terre d’accueil des acadiens. Même en France on ne voit pas autant de drapeaux français ! Enfin, c’est le drapeau acadien donc il a une petite étoile en plus.

Un petit détour par le Cap Breton. Le temps de flâner le long du Cabot trail pour admirer les paysages côtier. De balader dans les forêts du parc national des hautes terres du cap Breton. De visiter la forteresse de Louisbourg, grand port de la Nouvelle France. C’est que ça rapportait à l’époque la pêche à la morue !

Et nous voici à Halifax. On emballe nos affaires, à partir d’aujourd’hui c’est sac à dos, train, bus et hôtels. On a laissé iVan au port, on le retrouvera dans trois semaines à Anvers, si tout se passe bien… Petit pincement au cœur, voilà ce que c’est de donner des noms aux objets, après c’est plus difficile de s’en séparer.

Nous commençons notre découverte du Québec en longeant le Saint-Laurent, et en passant très vite à côté de Montréal et Québec, sans s’arrêter, ce sera pour plus tard.
On a continué par les jolis petits villages de Charlevoix, tous avec des noms aux sonorités bien françaises, et certains rigolos, comme Port-au-persil. Arrivés au fjord du Saguenay, on a renoué avec nos vielles habitudes : balades dans les parcs nationaux et recherche frénétique d’animaux. Et pour notre plus grand plaisir, nous avons vu des bélugas! Enfin des dos de bélugas, mais on ne peut pas confondre avec d’autres baleines : c’est vraiment bien blanc!
On poursuit par la Gaspésie, avec encore des villages aux noms rigolos, Trois-Pistoles, Cap-chat, Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, Cap-aux-os… enfin, je me moque, mais en France on en a aussi. Comme ça, tout de suite, je pense à Soupetard ou Montcuq, mais il y en a certainement beaucoup d’autres. De toute façon, quand on passe dans ces villages, la seule chose à laquelle on pense c’est : mais comment font-ils l’hiver? Pour les montpelliérains que nous sommes, affolés dès 10cm de neige, on a du mal à imaginer que des gens puissent vivre à l’année dans des endroits aussi isolés où il peut y avoir jusqu’à 4m de neige.
Côté parcs, nous avons eu le plaisir de rencontrer la colonie de phoques du Parc du Bic, Mme orignal et son petit dernier dans le Parc de la Gaspésie, les falaises du Cap Bon Ami et la famille castor du Parc National de Forillon. Petit commentaire en passant : ne dites pas avec un grand sourire à des canadiens que vous avez vu plein de porcs-épics sur le chemin de randonnée quand ils vous demandent si vous avez vu quelque chose d’intéressant… ils vont vous regarder bizarrement, comme si vous leur disiez qu’il y a des hérissons… ils en ont certainement plein leur jardin… des porcs-épics.
Pour terminer, quelques nouvelles de nous : on est malades! L’hiver nous a frappé de plein fouet, on tousse comme des malheureux et on dépasse le paquet de mouchoir par jour. Et pour couronner le tout notre thermomètre se fiche de nous : comment ça il fait 23°C?! On se gèle, on s’enrhume! Après six mois à 40°C il a dû se détraquer. Ou alors c’est nous…

On commence en fait par le New Jersey qui nous promettait des forêts et une jolie côte, de quoi souffler un peu avant d’attaquer New York. Mais, surprise ! Ici l’accès à la plage publique, c’est 9$… Hors de question de payer ce prix-là pour se serrer sur une plage serviette contre serviette. On a donc continué de longer la côte, il est vrai, plus par curiosité que par espoir de trouver une plage non payante. Et on est allé de surprises en surprises : pas une plage en dessous de 7$ l’accès (sans oublier de payer aussi le parcmètre pour la voiture), et des panneaux long comme le bras de choses interdites, il y en a même une où il est interdit d’avoir de la nourriture et des boissons ! Mais la dernière surprise, parce qu’on a appris qu’il ne faut jamais désespérer même si cela va à l’encontre de toute logique, c’est une plage gratuite, avec un petit parking gratuit… C’est pas beau la vie ? Après avoir attendu 10min qu’une place se libère, on a pu profiter pleinement de notre journée plage.

En ce qui concerne New York, la réponse est non. Non, on n’est pas allé à tel ou tel endroit, on n’a pas vu telle ou telle chose et on n’a pas fait ceci ou cela, parce qu’on y est resté seulement trois jours. Juste le temps de voir les incontournables : la statue de la Liberté, central park et la terrasse de l’Empire state building. Et juste le temps de survoler quelques quartiers en passant devant des noms connus : Manhattan, Time square, Wall street, les nations unies, Greenwich village, Brooklyn. De quoi donner à Quentin l’envie d’y retourner, peut-être, un jour, et à moi le sentiment que c’est trop grand, trop haut, trop bruyant, trop.

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