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sept 202012

Le Canada… retour au paradis des camping-cars. De grands espaces, de beaux paysages, des routes en bon état, des nuits calmes et personne pour les troubler, et même des stations de vidanges gratuites un peu partout. Que demander de plus ? Du beau temps, on en a eu. Des gens sympathiques, il y en a beaucoup. Des forêts multicolores, c’est vrai qu’on les a ratées de peu. De la neige… ah oui, ça, ça doit être quelque chose, et on n’exclue pas de revenir un jour en hiver pour vivre cette expérience.

Sinon, au Québec, la langue officielle est le français. Enfin, le français, des fois on se demande bien de quoi ils parlent. Alors je ne vais pas vous faire un dictionnaire de tous les mots et expressions bizarres que nous avons croisés, mais vous raconter quelques quiproquos.
Quiproquo n°1 : nous cherchons à apercevoir des orignaux. L’office du tourisme nous renseigne : il arrive d’en voir au bord de la route, à la brunante. Quentin cherche la ville de Brunante sur la carte, mais saisie d’un doute je demande confirmation : la brunante, c’est le crépuscule ? Et oui !
Quiproquo n°2 : des panneaux qui invitent à la cueillette de bleuets. Pourquoi pas, mais qu’est-ce qu’il font de toutes ces fleurs les gens ? Ils les mangent ? Je ne croyais pas si bien dire : les bleuets, ce sont des myrtilles…
Quiproquo n°3 : essai de description de iVan pour un trajet en ferry.
– J’ai un van
– C’est une tente-roulotte ?
– Moui, peut-être…
– C’est une tente-roulotte ou un campeur ?
– Euh, là je ne sais pas trop la différence.
(Une fois en vue d’iVan)
– Ah, mais c’est une camionnette !
– Ben oui, si vous le dites.

Attention cet article va être long, il est le reflet de trois mois passés aux USA, un pays qu’on imaginait ressembler à l’Europe après avoir passé autant de temps en Amérique du sud.
Et c’est peut-être là qu’on a eu la plus grande surprise… Si proches, mais tellement différents !
Bref, voici une liste d’observations orientées et de conclusions extrêmement subjectives.

On commence par des choses que vous ne remarqueriez peut-être pas mais qui nous ont interpellées en arrivant.
– il faut se servir soi-même dans les stations services, comment est-ce qu’on fait déjà ?!
– ici, on jette le papier toilette dans les toilettes, pas dans la poubelle. Et tant qu’on est dans le registre toilettes, précisons qu’autant de modernité, autant de capteurs qui tirent la chasse, font couler le savon ou sortir la feuille de papier, nous ont déstabilisé : on n’ose plus vider nos toilettes chimiques dans les WC publics…
– tout est lisse, tout est beau, repeint, entretenu, récent, moderne… ça fait presque faux.
– on peut tout payer par carte bleue, même pour des achats de 2$, c’est notre banque qui va être contente… Et puis il n’y a aucune vérification d’identité ou de code. Ziip, on fait glisser la carte et c’est payé. Rapide, efficace… il ne faudra pas se la faire voler.

Après, il y a les choses bizarres, différentes en fait.
– le drapeau américain est omniprésent, du coup on ne sait plus si le bâtiment est l’administration qu’on recherche ou juste la maison du voisin.
– tout est plus gros, plus grand.
Les unités de mesure sont plus grandes : un gallon fait 3,78L, un mile fait 1,7km.
Les véhicules sont plus grands : la voiture de base est un 4×4 et si on veut plus gros il y a les pick-ups (cylindrée 5,7 à 6,4L). Les camping-cars ont la taille de bus (vraiment, la même forme, avec soutes, etc) et traînent derrière eux… une voiture, généralement un 4×4, c’est plus pratique pour aller sur la plage.
Les autoroutes sont plus grandes : 8 voies, gratuites, avec des ponts dans tous les sens, jusqu’à quatre étages superposés.
Les trains sont plus grands, plusieurs kilomètres de long avec des containers sur 2 étages…
Les parcs sont plus grands, ce qui n’est pas pour nous déplaire, on a adoré Yellowstone qui fait la taille de plusieurs départements français.
Les animaux sont plus grands : des bisons à la place des taureaux, des wapitis à la place des cerfs.
Les gens sont plus gros… surtout si on s’éloigne des quartiers chics et touristiques des grandes villes. Evidemment, on s’y attendait, mais ça fait toujours son effet…

Quelques commentaires sur les campings.
On en a vu énormément au ras des routes, et les caravanes sont tellement serrées les unes contre les autres que ça fait plus penser à un parking géant qu’à un camping. Mais pourquoi vont-ils là alors qu’il y a tant d’endroits magnifiques où camper ? Peut-être parce que à proximité des parcs nationaux les campings coûtent un bras sans aucun service. Grâce aux panneaux « interdit de camper en dehors des zones prévues » ou « interdit de stationner de nuit sur le parking » disséminés dans les environs, ils arrivent à faire payer aux gens 20$ un emplacement alors qu’il n’y a pas d’eau. Sous-entendu, pas de douches et des toilettes sèches pas très souvent nettoyées… Du coup on a vu des affiches marrantes dans les toilettes du supermarché de Moab : « Merci de ne pas vous laver/raser/faire votre lessive dans les lavabos. Voici la liste des endroits où ces services sont disponibles. » Original.

Et puis il y a les choses énervantes.
– Aux pays de la liberté, il y a beaucoup de choses interdites. Par exemple, pour se garer en ville c’est un vrai casse-tête : il y intérêt à savoir parler anglais, quel type de véhicule on conduit, quel jour et quelle heure on est…
– L’impossibilité totale de trouver du butane pour recharger notre bouteille de gaz, même chez Chico Butane, c’est dire ! On a été obligé d’acheter un brûleur et des bouteilles de propane.
– Au supermarché c’est simple, soit il y a les grands supermarchés et tout est en portion familiale soit il y a les supermarchés bio et là, c’est trois fois le prix. Pas de juste milieu.
Et pourquoi les secteurs vêtements ou loisirs sont plus grands que le secteur alimentation ? Pourquoi dans certains n’y a-t-il aucun rayon frais ? Pourquoi n’y a-t-il pas de lait ou de jus de fruit UHT ? Pourquoi tous les yaourts sans exception sont light ? Même ceux pour les enfants, même ceux vendus avec des cookies à mélanger dedans ? Et pourquoi n’ai-je pas de four ? J’aurais adoré essayer les croissants en rouleau ou les cookies en tablette…

Et enfin, il y a les flics.
– Ceux qui s’inquiètent de savoir si tout va bien, mais qui ont tendance à débarquer au mauvais moment…
– Ceux qui sont curieux. Du côté de Savannah, un policier a cru bon de nous faire un contrôle à l’américaine, par derrière avec le gyrophare. On connaissait la procédure : se mettre sur le côté, couper le moteur, ne pas sortir. Qu’est-ce qu’il voulait ? Juste savoir d’où on venait, parce que la plaque l’a intrigué !
– Ceux qui sont appelés par les gens. Ça, c’est une manie, ils voient un van un peu trop près de chez eux, ils ont peur, ils demandent aux flics de nous chasser. A Ville Platte, on s’est fait virer d’un quartier résidentiel sans autre justification qu’on dérangeait les habitants.
– Ceux qui font des rondes et qui débarquent lumière aveuglante braquée sur nous pour savoir ce qu’on fait là. Du tourisme, ça ne se voit pas ?! A New York, on s’est fait réveiller comme ça à 2h30 du matin. On l’a peut-être un peu cherché en laissant la porte entrouverte pour plus de fraîcheur, mais on ne s’attendait vraiment pas à ce qu’un policier s’acharne à l’ouvrir une fois que Quentin la lui ait claqué au nez ! Bref, après avoir raconté notre histoire aux trois équipes de patrouille du quartier, ils sont repartis, autant éberlués que nous de la scène qui venait de se dérouler.
Une bonne conclusion pour cet article serait une phrase prononcée par un policier ce soir là et qui résume peut-être ce que beaucoup de monde aura pensé de nous : « In a way, you’re my hero… but you’re odd ». (Dans un sens, tu es mon héros… mais tu es bizarre)

Finissons quand même sur une note positive pour que vous n’ayez pas l’impression qu’on garde un mauvais souvenir des Etats-Unis. On a A-DO-RÉ leurs parcs. Les slot canyons ou les arches monumentales de l’Utah, les paysages grandioses de Bryce ou Yellowstone, les geysers impressionnants, les plages magnifiques, les rivières sauvages… Et les routes en excellent état qui nous ont permis de passer plus de temps à explorer le pays et moins de temps dans les garages !

Qu’est-ce qu’on retiendra du Mexique ?
Les plages magnifiques du Yucatan, au sable blanc et aux eaux chaudes et turquoise peuplées de tortues et de coraux ? Ou l’alignement d’hôtels et de propriétés privées qui nous empêche de les contempler ?
Les sites archéologiques fascinants comme Chichen Itza, envoûtants comme Palenque, énigmatiques comme Teotihuacan ? Ou les topes et péages zapatistes du Chiapas ?
Les marchés colorés, et l’architecture coloniale des villes des hauts plateaux ? Ou les déchets qui font quelque fois un peu partie du paysage ?
Les délicieux tacos et tortas pour pas cher ? Ou les demandes exagérées de pourboires pour des services tout juste justifiés ?
Une rencontre étonnante avec des otaries et des bivouacs de rêve en Baja California ? Ou les mises en garde sécuritaires partout ailleurs qui nous limitent ?
Peut-être un peu de tout ça, mais à long terme, certainement que le meilleur.

Attention, on pourrait croire en lisant les lignes précédentes que le Mexique est un pays sale à l’hygiène douteuse. Faux, ce serait même le contraire. Les gargotes des marchés sont toutes équipées de gel antibactérien, peut-être une conséquence intéressante de la grippe A. On a même vu un vendeur ambulant avec un robinet d’eau pour se laver les mains et un vendeur de taco enfiler un sac plastique pour manipuler la monnaie, du jamais-vu dans les camions pizza de chez nous par exemple.

Aviez-vous déjà entendu parlé du Belize ? Nous, on savait qu’il existait mais sans plus. C’est un petit confetti d’Amérique centrale, tellement petit que certaines personnes le traversent du Guatemala au Mexique en une journée. D’ailleurs l’agent migratoire ne nous avait donné qu’un jour de permis de séjour. On ne comptait pas s’éterniser au Belize, mais un seul jour quand même c’était peu ! Heureusement qu’on s’en est aperçu.

Saviez-vous quelle langue est parlée au Belize ? L’anglais ! Ça, on ne le savait pas avant de s’intéresser sérieusement à ce qu’offrait ce pays. Ce serait à cause des pirates anglais qui arrivaient à passer la barrière de corail là où les galions espagnols ne passaient pas. Bon depuis : colonisation, indépendance, immigrations, ils parlent toujours anglais mais surtout créole, ce qui est totalement incompréhensible…

Connaissez-vous la monnaie du Belize ? C’est le dollar… bélizien. C’était trop facile d’utiliser le dollar américain comme ont fait d’autres pays, alors ils ont créé le leur, qui vaut exactement la moitié. Du coup ça entraîne pas mal de quiproquos : « c’est combien le repas ? – 10$. – Ça va, c’est pas trop cher. – 10US$. – Ah, oui ! Ça change tout ! »

Est-ce que vous vous souviendrez maintenant que le Belize c’est aussi une eau claire, une magnifique barrière de corail et des requins et des raies à portée de main ? Vous peut-être pas, mais nous oui.

Certains l’appellent la perle de l’Amérique centrale, d’autres n’en parlent qu’avec les mots danger, insécurité, agressions, attaques… On avait été plutôt enclins à écouter les seconds et à se laisser gagner par la peur. On avait presque décidé de ne faire que rouler pour traverser le pays en deux ou trois jours. Et puis… on est passé par d’autres pays ayant le même genre de réputation sans se sentir trop menacés, on a croisé beaucoup de voyageurs qui nous ont recommandé d’y passer plus de temps, donc on a assuré nos bivouacs et on s’est lancé.
Et bien nous en a pris, car le Guatemala nous a beaucoup plu. Il est vrai que le site archéologique de Tikal est de toute manière exceptionnel et qu’on a eu la chance d’être à Antigua pour la semaine sainte. Mais au-delà de ça, des endroits comme le lac Atitlán ou le lac de Petén Itza sont naturellement beaux et propices à la détente, on y aurait bien passé un peu plus de temps. Et puis, au niveau de la sécurité, on a certainement eu la chance de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.

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